L’algorithme comme outil de sabotage du facteur humain

Ce billet est un extrait de l’ouvrage Le renseignement humain à l’ère numérique paru chez VA Press.

En 1944, la deuxième guerre mondiale se termine. Bien que les alliés dominent la situation sur le plan militaire, ils vont aller chercher un appui auprès des populations des pays adverses pour accélérer l’action. C’est ainsi que l’OSS (Office of Strategic Services), ancêtre de la CIA, loin de ce que l’imaginaire collectif conçoit généralement (poses de micros, assassinats clandestins, déguisements et couvertures, etc) va publier le « manuel de terrain du sabotage simple » que vous pouvez consulter en cliquant ci-dessous:

saboteur_manual

Ce manuel est un concentré d’idées toute simples et redoutablement efficaces pour rendre la vie difficile à un gouvernement, freiner son action et, dans le meilleur des cas, le paralyser. Il était diffusé sous forme de brochures, à la radio et à des personnes qui avaient été jugées dignes de confiance pour faire le travail.

Le premier type de sabotage ne nous intéresse pas ici (du moins pas encore), c’est le sabotage matériel. Il consiste, par exemple, à jeter une clé dans une boite à fusibles, bloquer une serrure, jeter du sable dans des engrenages lubrifiés, crever un pneu,…

Le second type de sabotage nous intéresse beaucoup plus dans le cadre de ce billet, c’est le sabotage du « facteur humain ». Ne nécessitant aucun outil, ne faisant courir quasiment aucun risque ni de dommage physique, il est basé sur « les possibilités universelles de prendre des décisions erronées, d’adopter une attitude de non-coopération, et d’inciter les autres à suivre son exemple. » Continuer la lecture de L’algorithme comme outil de sabotage du facteur humain

Le renseignement humain à l’ère numérique – La préface du général Jean-Pierre Meyer

Le Général (2e section) Jean-Pierre Meyer a accompli une partie de sa carrière dans le renseignement et les opérations. Il a notamment été directeur des opérations à la Direction du Renseignement Militaire puis directeur au Comité Interministériel du Renseignement au Secrétariat Général de la Défense Nationale. Il a accompli, par ailleurs, plusieurs séjours en opérations extérieures notamment à Sarajevo comme commandant en second des forces multinationales. En outre, il a effectué de nombreuses missions de conseil pour des grands groupes à vocation stratégique. Il est co-fondateur et président du Cercle K2.

Le renseignement humain a toujours été l’apanage des services de renseignement français. Il est reconnu par les services étrangers notamment américains qui ont fait depuis longtemps effort sur le renseignement technique. Notons que le réseau d’écoute Echelon date d’avant la fin de la deuxième guerre mondiale.

Pendant plusieurs années plusieurs écoles se sont opposées sur cette notion d’humain : était-ce la cible ou le capteur ?

Cette question est tranchée, l’Homme est la cible.

Cet Homme est bien au cœur du sujet. J’oserais dire enfin, car si nous nous sommes beaucoup intéressés à la technique surtout après la guerre, nous constatons maintenant que l’Homme est « au centre du dispositif ». Continuer la lecture de Le renseignement humain à l’ère numérique – La préface du général Jean-Pierre Meyer

Mon livre « Le renseignement humain à l’ère numérique »

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon livre « Le renseignement humain à l’ère numérique ». Il est édité par VA Press dans la collection « Indiscipliné » dirigée par Nicolas Moinet.

Cet ouvrage traite du cœur de toute démarche de renseignement : la capacité à recueillir du renseignement auprès de sources humaines, directement ou par l’intermédiaire des outils numériques (en particulier les réseaux sociaux). Quels comportements et quelles techniques peuvent être utilisés pour gérer des sources et traiter le renseignement acquis ? Entre manipulation, élicitation et suggestion, nos failles personnelles sont abordées tout comme la capacité de chacun d’entre nous de recueillir ce type de renseignements dans un cadre légal et éthique… Continuer la lecture de Mon livre « Le renseignement humain à l’ère numérique »

Coincés entre « Disneyfication » et « mu-lacration », bienvenue dans la matrice

« Vos réflexions sur le réel et le virtuel sont l’une des références avancées par les réalisateurs de « Matrix ». Le premier épisode vous citait explicitement et l’on y apercevait même la couverture de « Simulacres et simulation », paru en 1981. Cela vous surprend ?
– Il y a un malentendu bien sûr, c’est la raison pour laquelle j’hésitais jusque-là à parler de « Matrix ». Le staff des Wachowski m’avait d’ailleurs contacté après le premier épisode pour m’impliquer dans les suivants, mais ce n’était vraiment pas concevable ! (Rires.) Au fond, c’est un peu la même méprise qu’avec les artistes simulationnistes à New York dans les années 1980. Ces gens prennent l’hypothèse du virtuel pour un état de fait et la transforment en fantasme visible. Mais le propre de cet univers, c’est justement qu’on ne peut plus utiliser les catégories du réel pour en parler. »

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p style= »text-align: right; »>Jean Baudrillard (1929-2007) Philosophe français,
théoricien de la société contemporaine.

La « Disneyfication »

« Disneyland est posé comme imaginaire afin de faire croire que le reste est réel alors que tout Los Angeles et l’Amérique qui l’entoure ne sont déjà plus réels mais de l’ordre de l’hyperréalité et de la simulation. […] Disneyland est là pour cacher que c’est le pays « réel », toute l’Amérique « réelle » qui est Disneyland. »

Jean Baudrillard

« La « Disneyfication » est la transformation de quelque chose de réel ou d’inquiétant en un divertissement soigneusement contrôlé et sûr, avec des qualités similaires. »
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