La filiation française de l’espionnage de masse américain

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« J’avais fait revivre l’ancienne maxime de la police, savoir: que 3 hommes ne peuvent se réunir et parler indiscrètement des affaires publiques sans que le lendemain le ministre de la police en soit informé.
Il est certain que j’eus l’adresse de répandre et de faire croire que partout où quatre personnes se réunissaient, il s’y trouvait, à ma solde, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Sans doute une telle croyance tenait aussi à la corruption et à l’avilissement général ; mais d’un autre côté, que de maux, que de regrets et de larmes n’a-t-elle pas épargnés ! »

Mémoires de Joseph Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale
P. J. de Mat, 1825 – 510 pages

Il est difficile de résumer en quelques lignes les complexités de la personnalité et du destin de Joseph Fouché. Il n’y a pas de personnage historique plus décrié que cette figure de l’ombre mais essentielle dans l’Histoire de France. Aucun écrivain n’aurait pu inventer un personnage de fiction plus controversé [1] que cet homme politique au sang froid qui fut l’un des plus puissants et redoutés du XIXe siècle.

Pour faire court (voir la page Wikipédia par exemple pour une version plus longue, passionnante):
« Né en 1759 et mort en 1820, il servi avec zèle la République, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Monarchie. Homme de l’ombre, disciple de Machiavel, Fouché aura survécu à tous les changements de régime sans jamais se départir de cette «absence de convictions» qui fascina Balzac autant que Stefan Zweig. Élève chez les Oratoriens, il devint sous la Révolution un pilleur d’églises. Conventionnel modéré, il vota la mort du roi et participa activement au massacre des Lyonnais royalistes. Ambassadeur du Directoire à Dresde, il cambriola son ambassade. Ministre de la Police, à l’abri derrière ses fiches et ses mouchards, il tint tête à Talleyrand et à Bonaparte. Signataire du premier manifeste sur l’égalité, il meurt richissime, duc d’Otrante et sénateur. Joseph Fouché, c’est l’art du reniement, la grâce du traître. » [2]

Son arrivée au ministère de la police de l’Empereur Napoléon Ier en 1809 est vue comme la naissance de la police moderne et de la police politique. Fouché comprend qu’on ne fait pas de bons policiers avec des enfants de chœur. C’est pourquoi sont recrutés d’anciens bagnards dont la figure la plus emblématique est l’évadé du bagne Eugène-François Vidocq qui sera nommé chef de la police de sureté en 1811. Vidocq sera également connu comme père de la police judiciaire et fondateur de la toute première agence de détective privé de l’histoire qui fournit aux commerçants, moyennant finance, des services de renseignement et de surveillance économique, ainsi que des informations sur les conjoints volages. [3]
Fouché mit en place un réseau de milliers d’informateurs qui agissaient parfois comme agents provocateurs. La légende dit que deux agents, inconnus l’un de l’autre, proposèrent des actes révolutionnaires à une réunion et tentèrent de s’arrêter à la sortie. [4]

« Frappé par l’ordonnance du 12 janvier 1816, ayant voté la mort de Louis XVI, Fouché est proscrit en tant que régicide. Il meurt en exil à Trieste en 1820, assisté par le prince Jérôme Bonaparte [plus jeune frère de Napoléon Ier], qui, sous ses ordres et sa surveillance, brûle, durant cinq heures, tous ses papiers. Ainsi disparaît sans doute l’histoire secrète du Directoire, du Consulat et du Premier Empire. » [5]

31 ans plus tard nait Charles-Joseph Bonaparte le petit-fils de ce même Jérôme Bonaparte.

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Charles-Joseph Bonaparte est un homme politique américain. Son père s’était marié, en 1803, à une richissime Américaine nommée Susan May Williams. Né en 1851 à Baltimore, Charles étudie dans un collège français puis fait de brillantes études de droit à Harvard. Il ouvre un cabinet privé et se mêle de politique.

Charles-Joseph Bonaparte devient l’une des figures les plus pittoresques de l’Histoire de la politique américaine. Seul membre authentique d’une famille royale a avoir fait de la politique de premier plan aux États-Unis. Il était considéré comme l’un des esprits les plus brillants de son époque et également l’un des plus dépourvus d’humour. Il était par instinct un royaliste, par profession, un démocrate et un réformateur.
En 1889, il rencontre Theodore Roosevelt et travaille avec lui à la commission de la fonction publique. Devenu président des États-Unis en 1901, Roosevelt le nomme successivement au Bureau des affaires indiennes, ministre de la Navy puis procureur général des États-Unis (ministre de la Justice). [6]

« Son ministère est appelé à mener de nombreuses enquêtes sur le crime organisé et les fraudes commises contre le Trésor, mais comme il ne dispose pas d’agents pour les mener, il doit faire appel aux enquêteurs des autres ministères et des services secrets. En 1908, le Congrès interdit à l’attorney général de faire appel pour ses enquêtes aux agents du Trésor public. Finalement, après un lobbying incessant, Bonaparte obtient le 26 juillet 1908 [durant les vacances parlementaires] l’autorisation d’embaucher ses propres enquêteurs. Dans un premier temps, il recrute un corps de 25 agents spéciaux, les G-Men, et créer le Bureau of Investigation (BOI), Les critères de sélection de ces premiers agents sont la bonne forme physique, des diplômes, une apparence passe-partout, un langage châtié. Certains viennent des services secrets, d’autres du service de l’immigration ou encore du département du Trésor. » [7]

Les Etats-Unis étant néophytes en la matière, la mise en place de ce service a été dénoncée par le député Walter Smith de l’Iowa, qui fait valoir qu' »aucun système global d’espionnage sur les personnes, comme on l’a vu en Russie et en France ne devrait être autorisé à se développer. »
Malgré cette mise en garde, le nouveau Bureau s’engage profondément dans la surveillance politique au cours de la première guerre mondiale, lorsque les autorités fédérales cherchent à recueillir des informations sur ceux qui s’opposent à l’entrée en guerre du pays.

Charles-Jospeh Bonaparte quittera le BOI en 1909 suite à la retraite de Roosevlt . Il meurt en 1921 à l’âge de 70 ans, pauvre, sans enfant et déjà oublié depuis longtemps.

Trois ans après sa mort, en 1924, le sixième directeur du BOI est nommé. Il le restera 48 ans et il devint l’homme le plus puissant et le plus redouté du XXe siècle. En 1935, après que ses pouvoirs soient largement étendus par le Congrès, le Bureau est renommé Federal Bureau of Investigation (FBI). [7]

Une de Life Magazine du 9 avril 1971.

4-9-71

Références:

[1] http://josephfoucheetsontemps.com/citations/
[2] http://www.ebooksgratuits.com/details.php?book=1831
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Eugène-François_Vidocq#cite_ref-5
[4] http://www.nybooks.com/blogs/nyrblog/2013/jun/18/spying-americans-very-old-story/
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Fouché
[6] http://www.fbi.gov/about-us/history/brief-history/docs_star1935
[7]http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/26-juillet-1908-l-arriere-petit-neveu-de-napoleon-ier-charles-bonaparte-fonde-le-fbi-25-07-2012-1489436_494.php

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