La fabrication algorithmique du consentement arrive à maturité avec l’élection américaine

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« Un algorithme est une suite finie d’opérations élémentaires, à appliquer dans un ordre déterminé, à des données. Sa réalisation permet de résoudre un  problème donné. »

Christophe Rossignol, Base d’algorithmique, Année scolaire 2015-2016

« Il est bien plus ardu de détecter la présence d’un système ou d’un « modèle de propagande » dans le cas de médias privés, en l’absence de censure « officielle », et c’est encore plus vrai quand des médias, qui se font une active concurrence, attaquent ou dénoncent périodiquement les méfaits ou les abus du gouvernement et du monde du capital, en se positionnant agressivement comme défenseurs de la liberté d’expression ou en se faisant les porte-parole de l’intérêt général. Ce qui est loin d’être évident (et peu discuté dans les médias), c’est la nature « limitée » de telles critiques, autant que la criante inégalité qui régit l’accès aux ressources ; cela se répercute autant sur l’accès aux systèmes médiatiques privés que sur leurs comportements et leurs performances. »

Noam Chomsky, Edward S. Herman, La Fabrique de l’Opinion publique – La Politique économique des médias américains, 1988

« L’algorithme va décider quelle publication sera mise en avant selon chaque utilisateurs. Donc en somme de la portée totale du contenu et de l’engagement qui en découlera. Ces deux éléments (portée et engagement) sont le nerf de la guerre sur les réseaux sociaux et notamment Facebook qui est la première plateforme mondiale avec plus d’un milliard d’utilisateurs actifs… »

Arnaud Verchère, Siècle Digital, 8 septembre 2016

« Notre démocratie ayant pour vocation de tracer la voie, elle doit être pilotée, par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider »

Edward Bernays, Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie, 1928

Nous sommes le 30 octobre au soir et je vois défiler dans mon flux Twitter un article du Washington Post intitulé « FBI in Internal Feud Over Hillary Clinton Probe ».
On y apprend, à quelques jours des élections, que le FBI décide de rouvrir l’enquête sur la candidate démocrate et ses mails.

Il ne fait aucun doute, compte tenu de l’image désastreuse que renvoi une enquête fédérale sur un candidat et du créneau choisi pour annoncer son ouverture, que c’est probablement l’article le plus important de toute cette campagne présidentielle.

Laissant passer quelques minutes et y revenant, je me dis que le sujet doit maintenant bien occuper les sujet tendances sur Twitter (j’imagine voir les mots-clés Clinton ou FBI ou Washington Post,…) mais rien…
J’utilise le moteur de recherche de Twitter, je constate que le tweet du Washington Post qui lance l’article sur le réseau est déjà retwetté plus de 1000 fois en à peine quelques minutes, l’information est reprise par quantité d’autres médias dont plusieurs ont une audience mondiale, enfin l’information est très commentée tout au long de la soirée. Il y a donc tous les ingrédients pour une information virale mais rien dans les sujets tendances,…
Assez agacé par la situation, je change le périmètre de mes tendances me disant que, peut-être, étant donné qu’il était tard, la France devait être en train de passer à côté du sujet. Mais les tendances Monde et Etats-Unis ne donne rien non plus.

Pire, il semble que certains utilisateurs (en fonction de la géolocalisation de leurs tendances) n’aient aucune information sur l’affaire des mails mais qu’ils aient, dans le même temps #GoHilary et « The dangers of Donald Trump » (titre d’un article du New York Times) dans leurs tendances.

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Voici une capture d’écran de mon smartphone, une semaine après, lorsque le même directeur du FBI annonce finalement la clôture de l’enquête.
C’est les tendances US sur Twitter moins d’une heure après la parution de l’information:
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Twitter n’en n’est pas à son coup d’essai, son PDG ayant secrètement ordonné à ses employés, depuis 2015, de censurer les réponses abusives ou haineuses à l’encontre du président Obama.

Creusant un peu le sujet, il semble que Twitter ne soit pas le seul réseau social important à avoir pratiqué la censure d’envergure du 30 octobre. Voici, selon ce site, les tendances sur d’autres réseaux:

Twitter (Top Moment): 

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Snapchat:

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Facebook:

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Facebook avait déjà avoué il y a deux mois, dans un article de Gizmodo, supprimer régulièrement des articles conservateurs et avant cela des contenus traitant de mails internes du comité national démocrate révélés par Wikileaks.

En mars dernier déjà, l’affaire des mails d’Hillary Clinton était déjà censurée sur le réseau.

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Du côté d’Apple, même si la société affirme sa neutralité, Tim Cook, son PDG a donné 50 000$ durant une levée de fond privée d’Hillary Clinton. La neutralité est tout de même relative lorsque l’on sait qu’iTtunes censure les podcasts pro-Trump et Apple a refusé d’autoriser un jeux dont le thème était Clinton et l’affaire des emails alors que dans le même temps des jeux moqueurs à propos de Trump étaient autorisés par dizaines.

Pouvant multiplier les exemples et les références pendant encore longtemps, je m’arrête ici en terminant par Google dont le chairman Eric Schmidt a vu sa correspondance avec John Podesta (responsable de la campagne d’Hillary Clinton), éventée par Wikileaks.


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Quelque soit nos opinions politiques, on ne peut pas se contenter de penser, qu’étant donné le candidat adverse, cette censure est tolérable car elle va dans le bon sens et fermer les yeux. Qu’en sera-t-il lorsque ces méthodes seront appliquées contre la personne que vous soutiendrez ?

Il est déjà assez difficile d’avoir des informations de qualité avec les médias traditionnels et leurs propres biais et turpitudes alors qu’ils restent les principaux pourvoyeurs d’informations sur les moteurs de recherche et réseaux sociaux (pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, lire les nouveaux chiens de gardes par exemple).
Il est également difficile de ne pas tomber dans le piège des différents biais (exemple: bulles cognitives) et manipulations (exemple: persona management) inhérents au fonctionnement des réseaux sociaux.
Il faut désormais rester très vigilant à propos de cette couche supplémentaire, récente et puissante de désinformation et de propagande.

Mettre une pression constante sur les médias pour les obliger à rester neutre est nécessaire mais former encore plus les jeunes, dès le collège, à la littératie informationnelle devient une nécessité.

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