Les 16 préceptes du « Shokuke kokoroenokoto », le code de conduite de la plus vieille entreprise du monde.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Osaka_Castle_Keep_Tower_in_201504_001.JPG#globalusage

Le Japon compte plus de 33 000 entreprises avec au moins 100 ans d’histoire, soit plus de 40 % du total mondial. Plus de 3 100 fonctionnent depuis au moins deux siècles. Environ 140 existent depuis plus de 500 ans. Et au moins 19 prétendent avoir fonctionné en continu depuis le premier millénaire.

Elles sont appelées « Shinise » et sont à la fois une source de fierté et de fascination.
Certaines sont connues comme Nintendo qui a commencé à fabriquer des cartes à jouer il y a 131 ans.

http://www.kyotoursjapan.com/blog/2018/5/2/nintendo-kyoto-origins

Ces entreprises peuvent être moins dynamiques que celles d’autres pays mais elles offrent des leçons de résiliences. 

« Si vous regardez les manuels d’économie, les entreprises sont censées maximiser leurs profits, augmenter leur taille, leur part de marché et leur taux de croissance. Mais les principes de fonctionnement de ces entreprises sont complètement différents », di Kenji Matsuoka, professeur émérite de commerce à l’Université Ryukoku de Kyoto. (cf source 1)

« Leur priorité n°1 est de se perpetuer, ajoute-t-il. Chaque génération est comme un coureur dans une course de relais. L’important, c’est de passer le relais. »

« Pour survivre pendant un millénaire, déclare Nomi Hasegawa (propriétaire d’une petite boutique en bois de cèdre qui vend des mochi grillés à côté d’un vieux sanctuaire depuis 1 200 ans), une entreprise ne peut pas se contenter de rechercher des profits. Elle doit avoir un but plus élevé. Dans le cas d’Ichiwa, c’était une vocation religieuse : servir les pèlerins du sanctuaire. »

Ce genre de valeurs fondamentales, connues sous le nom de « kakun », ou préceptes familiaux, ont guidé les décisions commerciales de nombreuses entreprises à travers les générations. Ils prennent soin de leurs employés, soutiennent la communauté et s’efforcent de fabriquer un produit qui inspire la fierté.

Avant sa liquidation, Kongō Gumi était la plus ancienne société en activité continue au monde. Entreprise familiale de charpentiers, spécialisée dans la construction de temples bouddhistes, elle fut fondée au Japon un siècle à peine après la chute de l’Empire romain, elle a survécu aux changements extrêmes de la culture, du gouvernement et de l’économie du Japon, préservant les techniques de construction traditionnelles et les valeurs familiales pendant plus de 1 400 ans. (cf source 2 et 4)

Photo : Asanuma, Département des chemins de fer

Conséquence indirecte de la bulle immobilières qu’a connue le Japon dans les années 1980, la compagnie n’a jamais pu se remettre du prix du terrain qu’elle acheta au cours de ces années. Ses actifs furent rachetés par Takamatsu Corporation.
Le dernier président fut Masakazu Kongō, le 50e Kongō à diriger la firme.

Le 32e chef de l’entreprise, Yoshisada Kongō, écrivit des préceptes pendant la période Meiji intitulé plus tard Shokuke kokoroenokoto ou « connaissance familiale du métier », une liste de 16 préceptes distillés durant le passé et destinés à guider et à préserver les opérations de la famille pour l’avenir. 

Les voici (cf source 3):

1) Prenez les préceptes du confucianisme, du bouddhisme et du shintoïsme pour exemple.

Entraînez-vous à utiliser la règle et étudiez le « gogyou no teiyou », la théorie qui sert de base pour les idées du confucianisme, du bouddhisme et du shintoïsme lorsque vous construisez des sanctuaires, des temples et des maisons privées. C’est notre devoir le plus important en tant que charpentiers.

2) Écoutez ce que dit le client.

3) Les charpentiers doivent surtout pratiquer leur formation, la lecture et le boulier.

Ce sont les compétences dont les charpentiers ont le plus besoin, il faut donc se concentrer sur leur pratique. Apprenez d’autres compétences en fonction de vos capacités. Vous devez être instruit pour atteindre votre statut. Pour les autres compétences non incluses ci-dessus, vous devez étudier selon vos capacités et apprendre ce que vous devez savoir pour atteindre votre statut. Vous ne devez pas vous attacher à ce qui ne correspond pas à votre statut.

4) Ne vous mettez pas en avant.

Quand vous êtes en présence de gens, occupez-vous de vos affaires.

5) Ne buvez pas beaucoup d’alcool.

Veillez à ne pas boire trop. Si vous trouvez une excuse pour le faire, vous risquez de ne pas garantir votre statut. Si la situation s’aggrave, vous risquez de devenir grossier ou même de perdre la vie. Vous devez écouter les autres et vous comporter correctement.

6) Habillez-vous d’une manière adaptée à votre situation.

Vous ne devez pas porter des vêtements plus luxueux et fleuris que votre statut ne l’exige. Pour les relations sociales autres que celles-ci, vous devez étudier en fonction de vos capacités et apprendre ce que vous devez savoir pour atteindre votre statut. Vous ne devez pas vous attacher à ce qui ne correspond pas à votre statut.

7) Respectez les gens et faites attention à la façon dont vous interagissez avec les autres.

Parlez-leur poliment et ne dites rien d’irréfléchi.

8) Soyez gentil avec vos élèves.

Faites preuve de miséricorde envers vos jeunes tels que les domestiques et les élèves. Parlez-leur avec courtoisie.

9) Ne vous battez surtout pas avec les autres.

Quoi qu’il arrive, ne vous battez avec personne.

10) Ne faites pas honte à une personne et ne vous vantez pas.

Ne méprisez jamais les gens et ne soyez pas arrogant. Ne dites pas du mal des autres.

11) Rencontrez et parlez aux autres poliment.

Traitez tout le monde avec courtoisie et ne faites pas de bêtises.

12) Ne faites pas de discrimination. Communiquez avec respect.

Ne séparez pas les gens selon leur statut. Traitez-les avec gentillesse et bon sens.

13) Traitez les clients avec respect.

Traitez tous les clients avec sincérité et sans cupidité.

14) Pour ce qui est de l’offre, soumettez l’estimation la moins chère et la plus honnête.

Si l’entreprise fonctionne bien et qu’on vous demande une offre, examinez les fournisseurs en détail. Acceptez l’offre que lorsqu’il n’y a pas d’obstacles. Demandez le prix aux fournisseurs et considérez également le prix du marché. Ne faites pas de surestimation. Soumettez l’estimation la moins chère et la plus honnête.

15) S’il n’est pas possible de décider seul, consultez un proche et décidez ensemble. Cherche une épouse et laisse des descendants. Élevez les enfants correctement.

J’écris l’importante devise de la famille des charpentiers car j’ai tendance à être malade en général. La voici : avoir la piété filiale, hériter de la réputation de la famille, prendre une femme, avoir des enfants, les éduquer et les protéger correctement. Vivre longtemps et suivre le bouddhisme et le shintoïsme. Atteindre la connaissance générale, recevoir les bénédictions du Bouddha et atteindre l’illumination.
Les bénédictions et l’illumination du Bouddha Amitabha vous permettront de vous faire pardonner vos péchés. Il est important de se réjouir de la prochaine vie.

16) N’oubliez pas d’offrir de l’encens et d’organiser un service bouddhiste le jour de l’anniversaire de la mort d’un ancêtre.

Lorsque vous organisez la cérémonie, faites-le en fonction de votre statut actuel.

https://en.wikipedia.org/wiki/File:Kongo.jpg

Sources:

1) This Japanese shop is 1,020 years old. It knows a bit about surviving crises.
Dec. 5, 2020, By Hisako Ueno and Ben Dooley, The New York Times
https://www.seattletimes.com/business/this-japanese-shop-is-1020-years-old-it-knows-a-bit-about-surviving-crises/

2) Building on Tradition — 1,400 Years of a Family Business
by Irene Herrera, Works That Work, No.3
https://worksthatwork.com/3/kongo-gumi

3) Observations of Kongo- Gumi’ s Corporate Creed: Research on the Corporate Creed Observed in the Living Company in Japan
Norihisa YOSHIMURA & Hidekazu SONE
http://repository.center.wakayama-u.ac.jp/files/public/0/9/20180820134900500576/KJ00004695409.pdf

4) Kongō Gumi
Wikipédia, Jun. 06, 2021
https://en.wikipedia.org/wiki/Kong%C5%8D_Gumi

Efficacité du Renseignement et Moyens Financiers: La Courbe de Poutine

J’étais inspiré un soir récemment, j’ai pondu cette courbe.
C’est peut-être bon, c’est peut-être mauvais, je ne sais pas.
Les avis sont les bienvenus en commentaires.

Pour aider à comprendre: elle s’appelle courbe de Poutine car Vladimir Poutine, ancien agent du KGB a dit:

« [à propos des services de renseignement] Nous sommes meilleurs que les Etats-Unis car nous n’avons pas les mêmes moyens financiers qu’eux. Si nous les avions, nous serions aussi mauvais. »

Rappelons aussi Jacques Bergier qui a écrit:

« […] renseignement, lequel n’est vraiment bien manié que par des belligérants qui se sont parfois trouvés en état d’infériorité matérielle et ont dû faire appel à toutes les ressources de leur esprit. »

La Mètis grecque signifie intelligence rusée, celle du bricoleur, du chasseur,…
C’est une forme d’intelligence qui s’épanouit face à la rareté et non à l’abondance.


C’est une courbe qui vise à faire comprendre que l’optimum entre efficacité du renseignement et investissements est atteint plus rapidement qu’on ne le croit.
Nous sommes ici sur les rendements marginaux et non pas les rendements cumulés. En rendements cumulés, la courbe serait croissante (mais de plus en plus plate).
Passé cet optimum, chaque investissement supplémentaire est de moins en moins efficace (phénomène d’entropie, entre autres).

N’hesitez pas si vous avez des remarques ou des critiques.

Deux méthodes perturbatrices selon un chercheur de l’US Army spécialiste de l’IA et des sciences des réseaux

Le capitaine de l’armée américaine Iain Cruickshank est titulaire d’un doctorat et chercheur en informatique sociétale à l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh.
Ses affectations précédentes comprenaient la compagnie D, le 781st Military Intelligence Battalion (Cyber), et la responsabilité de la planification, de l’analyse et de la production d’une équipe de mission nationale dans la Cyber ​​National Mission Force.
Il est également membre actif du groupe de recherche CASOS (Center for Computational Analysis of Social and Organizational Systems). Il utilise l’apprentissage automatique et la science des réseaux pour étudier les phénomènes politiques et criminels, y compris les comportements de vote et les délits liés à la cyber-médiation.

Dans un article publié le 20 février 2020 sur le site War on the Rocks intitulé l’ABC de l’analyse du renseignement grâce à l’intelligence artificielle (excellent document, simple, synthétique et qui pose quasiment tous les enjeux), Iian Cruickshank identifie deux méthodes perturbatrices.

L’apprentissage automatique contradictoire

Cela consiste à apprendre à tromper les algorithmes d’apprentissage automatique afin qu’ils fassent de mauvaises prédictions.
« Cette technique peut être appliquée pour diverses raisons, la plus courante étant d’attaquer ou de provoquer un dysfonctionnement dans les modèles d’apprentissage automatique standard. »

Un exemple, une étude du Tencent Keen Security Lab publiée en mars 2019 montre qu’il était possible, en déposant des petits autocollants sur les routes, de tromper le système d’autopilotage de Tesla et de l’envoyer sur la voie de circulation opposée.

https://keenlab.tencent.com/en/2019/03/29/Tencent-Keen-Security-Lab-Experimental-Security-Research-of-Tesla-Autopilot/

Autre exemple, « des chercheurs de la KU Leuven ont mis au point un modèle capable de mystifier un détecteur de personnes. En portant autour du cou un petit panneau en carton où figure ce modèle, vous pourriez vous rendre invisible à une caméra de surveillance intelligente. »

 © Simen Thys, Wiebe Van Ranst, Toon Goedemé

Voici un excellent article qui introduit l’apprentissage automatique contradictoire –>
https://blog.floydhub.com/introduction-to-adversarial-machine-learning/

La production de données artificielles ou synthétiques crédibles

L’analyse de données est intéressante si elle se base sur un grand nombre de
données (les mégadonnées). C’est d’autant plus intéressant également si
l’algorithme peut s’entrainer beaucoup sur ces données. Or ces bases contiennent énormément de données sensibles comme des informations personnelles. Le respect de la vie privée et son bagage juridique peut freiner la recherche.

C’est pourquoi, en 2017, des chercheurs du MIT ont créer de faux ensembles de données à partir de vrais. L’objectif était de permettre l’analyse des données sans se soucier que des informations personnelles sensibles deviennent publiques tout en maintenant un apprentissage des algorithmes efficace.

La production de ces données synthétiques ne se cantonnent pas au domaine de la recherche.

Une intelligence artificielle crée des visages ultraréalistes de personnes qui n’existent pas.
Ces visages, générés automatiquement, ne sont pas des vrais. thispersondoesnotexist.com

En Inde, les deepfakes s’invitent déjà dans les campagnes électorales
En créant deux vidéos deepfakes de sa propre initiative, un candidat à une élection de Delhi (Inde) a pu adresser un message aux électeurs en trois langues différentes. Un moyen de s’adresser au plus grand nombre, même sans parler leur langue.
Des chercheurs développent une IA qui génère et détecte des fake news
L’institut explique : «Notre étude présente un résultat surprenant : le meilleur moyen de détecter les fake news neurales est d’utiliser un modèle qui est également un générateur. Le générateur est plus familier de ses propres habitudes, ses bizarreries et ses caractéristiques, ainsi que ceux de modèles d’IA similaires, en particulier ceux formés à partir de données similaires, c’est-à-dire des informations accessibles au public. Notre modèle, Grover, est un générateur capable de repérer facilement ses propres faux articles d’actualité, ainsi que ceux générés par d’autres IA. »

L’intérêt militaire est vite identifiable  

En effet, il peut être très dangereux qu’un ennemi nous alimente en données qui semblent parfaitement crédibles mais qui sont totalement fausses.
C’est pourquoi il faut comprendre le phénomène et mettre en place des contre-mesures.
A l’inverse, il peut être très intéressant d’alimenter son ennemi en données synthétiques pour le tromper, l’intoxiquer, le noyer sous les données, …

B. Biggio, G. Fumera, and F. Roli. « Security evaluation of pattern classifiers under attack ». IEEE Transactions on Knowledge and Data Engineering, 26(4):984–996, 2014.

Cela nous place sur un champ de bataille techno-socio cognitif en croissance exponentielle.

La nouvelle arme compatible avec l’IA : des photos de la Terre « truquées »


AP / AHN YOUNG-JOON 

Pour mieux comprendre l’aspect technique de cette bataille, voici un article intéressant.

Pour finir, voici la conclusion de l’article de Iian Cruickshank :

L’environnement opérationnel auquel sont confrontés les analystes du renseignement subit une numérisation accélérée. En tant que tels, les analystes et les organisations de renseignement militaire sont confrontés à de nouveaux problèmes de volume de données, de vitesse et de véracité qui nécessitent une modernisation complète des organisations de renseignement militaire. En particulier, les forces armées ont besoin d’outils et d’infrastructures centrées sur les données pour les unités de renseignement, de formation d’analystes du renseignement sur les compétences en matière de traitement des données numériques et de recherches par des organismes de recherche du renseignement militaire sur l’impact et l’atténuation de l’apprentissage automatique contradictoire et des fausses données numériques.

Bonus

Nous n’avons pas attendu l’intelligence artificielle pour tromper l’ennemi.
Un exemple, l’opération « cape de camouflage » des Nazis: Les autorités hambourgeoises nazies tentèrent en 1941 de tromper les Alliés en érigeant sur l’Alster, entre Jungfernstieg et le pont Lombardsbrücke, une construction à partir de bois, fils de fer et roseaux et un faux pont. L’objectif de cette opération « Tarnkappe »: faire croire aux pilotes des avions de bombardement que le centre de Hambourg était situé plus au nord… une tentative qui échoua très vite puisque la presse anglaise s’empressa de publier les photos du « avant » et du « après »

 

https://www.monhambourg.de/mon-hambourg/10-choses-presque-in-utiles-%C3%A0-savoir-sur-hambourg/

Contre-ingérence face à la Chine: Cartographie des liens entre les universités et les entreprises militaires et de sécurité.

« À la fin de 2018 et au début de 2019, l’Université nationale australienne de Canberra a subi d’importantes violations de données, au cours desquelles les pirates ont eu accès à 19 ans de données personnelles à partir du réseau de l’université. Les médias ont suggéré que le piratage avait été perpétré depuis la Chine, mais le gouvernement australien a déclaré que l’attaque n’avait été attribuée à aucun pays. Les politiciens et les universitaires ont également fait part de leurs préoccupations concernant certains projets impliquant des universités chinoises et des chercheurs australiens . »

« Lors d’une conférence de presse, le ministre de l’éducation nationale australien Dan Tehan a déclaré que les menaces d’ingérence étrangère contre l’Australie, y compris ses universités, avaient atteint des «niveaux sans précédent», sans donner de détail. »

« Selon un groupe de réflexion australien (Australian Strategic Policy Institute (ASPI)), les universités sont invitées à faire preuve de diligence raisonnable avant d’entreprendre des recherches ou d’autres collaborations avec des partenaires internationaux. Les universités devraient également communiquer avec leur personnel sur la nature et les risques d’ingérence étrangère et mettre en œuvre des stratégies de cybersécurité solides.

« L’institut a publié une base de données et une cartographie qui classe le niveau de risque – de très élevé à faible – posé par les partenariats de recherche avec quelque 160 universités chinoises, des institutions de sécurité et des groupes de l’industrie de la défense. »

« Quarante-trois universités chinoises devraient être considérées comme des collaborateurs à «très haut» ou à «haut risque» en raison de leur implication dans la recherche à des fins militaires et de défense. » 

–> Lien vers la cartographie
https://unitracker.aspi.org.au/

Sources:
-Foreign interference fears prompt guidelines for Australian universities, Bianca Nogrady, Nature, 19 november 2019
https://www.nature.com/articles/d41586-019-03523-2
– Chinese universities with military ties classed as ‘risky’ collaborators, Andrew Silver, Nature, 04 december 2019
https://www.nature.com/articles/d41586-019-03726-7?sf225447747=1